Pieds-noirs d'Algérie et descendants : du devoir de mémoire au travail de deuil identitaire
Institution:
Paris, EHESSDisciplines:
Directors:
Abstract EN:
The collective memory of the french algerians appears to be the base of an old identity, perpetuated now for over a century. This thesis, which studies the construction of the different categories of identification of french algerians and their descendants, shows that it is not the case. The identity of the french algerian came about with repatriation. It is not only recent but also temporary because it is based on untransmissible bases, a singular collective memory. Studying how this identity is composed and taken apart, it becomes clear that only elements specific to an identity of "repatriated french algerains" (and no longer of pieds-noirs) could exist in the reconstruction of an identity of pieds-noirs descendants. This reconstruction, transmitted on an ideal of multicultural democracy, will not be possible if it is not done through a successful process of mourning. For, the challenge for the pied-noir descendant is not to try to integrate or not his parents' community, but to rebuild himself on that community's ruins or even to destroy it. The children cannot adopt an identity based on a pied-noir collective memory because that memory owes its very existence to elements that exclude them. The only way for the latter to procure a serene identity is to inherit a "re-worked", "non-nostalgic" parental memory from so-called "modern reconstructor" pieds-noirs.
Abstract FR:
La mémoire collective des pieds-noirs apparaît comme la base d'une identité ancienne, reproduite depuis plus d'un siècle. Cette thèse, ayant pour objet d'étude la construction des catégories d'identification des pieds-noirs d'Algérie et de leurs descendants, montre qu'il n'en est rien. L'identité pied-noir est née avec le rapatriement. Elle est non seulement récente mais encore éphémère car constituée sur des bases intransmissibles, une mémoire collective singulière. Après avoir étudié de quelle façon s'est composée puis s'est décomposée cette identité, il ressort que seuls des éléments propres à une identité des "rapatriés français d'Algérie" (et non plus de pieds-noirs) pourraient subsister dans la reconstruction identitaire des descendants de pieds-noirs. Or, cette reconstruction, portée par un idéal de démocratie multiculturelle, ne sera possible qu'à la condition d'un travail de deuil identitaire réussi. Car le travail du descendant de pied-noir ne consiste pas à intégrer ou non la communauté de ses parents, mais bien à se reconstruire sur les cendres de cette dernière, voire à l'achever. L'identité basée sur la mémoire collective pied-noir ne peut être reprise par les enfants car cette mémoire collective tire sa substance d'éléments qui les excluent. La seule façon pour les descendants de se voir offrir une construction identitaire sereine (sans la responsabilité de devoir faire survivre à travers eux une mémoire mourante) est ainsi d'hériter d'une mémoire parentale "re-travaillée" par des pieds-noirs "non-nostalgiques", les pieds-noirs dits "reconstructeurs modernes".